Que fait réellement un formateur quand il n'est pas devant ses étudiants ?
Un formateur intervient trois heures devant une classe.
Il travaille donc trois heures.
Logique, non ?
Pas tout à fait.
Parce que les étudiants ne voient finalement qu'une partie du métier : les heures passées avec eux.
Ils voient le cours, le support projeté, les exercices, les échanges, les corrections collectives.
Ce qu'ils voient moins, ce sont les heures qui précèdent et celles qui suivent.
La préparation. Les recherches. La veille. Les corrections. Les mails. Les ajustements. Les échanges avec les équipes pédagogiques. Les examens à préparer.
Et cette fameuse slide que l'on décide de refaire à 23 h parce que, finalement, « non, vraiment, elle n'est pas claire ».
Alors, que fait réellement un formateur lorsqu'il n'est pas devant ses étudiants ?
Beaucoup de choses.
Question n°1 : Commençons par le commencement : un cours de trois heures demande-t-il vraiment trois heures de préparation ?
Il n'existe pas de règle.
Lorsque l'on construit un cours pour la première fois, trois heures de formation peuvent demander énormément de préparation.
Il faut comprendre le programme, identifier les compétences attendues, rechercher les informations, structurer le contenu, créer le support, imaginer des exercices, trouver des exemples…
Et surtout se poser une question essentielle :
« Qu'est-ce que les étudiants doivent être capables de faire à la fin ? »
Parce que préparer un cours ne consiste pas simplement à remplir un PowerPoint.
On pourrait créer 150 slides très rapidement.
Cela ne ferait pas nécessairement un bon cours.
Question n°2 : Justement, comment construit-on un cours ?
Personnellement, je pars de l'objectif.
Qu'est-ce que je veux qu'ils comprennent ?
Qu'est-ce qu'ils doivent savoir utiliser ?
Quelle compétence est attendue ?
Ensuite seulement vient la question du contenu.
Et après, il faut réfléchir au rythme.
Si je parle pendant trois heures, même avec le meilleur contenu du monde, je risque de perdre une partie de la classe.
Il faut donc alterner.
Une notion.
Un exemple.
Une question.
Une application.
Un exercice.
Une correction.
Un échange.
Préparer un cours, c'est finalement un peu comme construire un parcours : il faut savoir où l'on veut emmener les étudiants et réfléchir aux différentes étapes pour y arriver.
Question n°3 : Une fois qu'un cours est créé, c'est bon ? On peut le réutiliser chaque année ?
Ce serait pratique !
Bien sûr qu'on réutilise des contenus.
Heureusement, je ne repars pas d'une page blanche à chaque intervention.
Mais un cours n'est jamais vraiment terminé.
Il faut actualiser les chiffres.
Changer certains exemples.
Ajouter une campagne récente.
Retirer une référence qui ne parle plus du tout aux étudiants.
Adapter le contenu lorsque le référentiel évolue.
Et dans le domaine de la communication, c'est particulièrement vrai.
Les plateformes changent, les outils évoluent, les pratiques professionnelles aussi.
Un cours parfaitement pertinent il y a trois ans peut avoir besoin d'être sérieusement revu aujourd'hui.
Question n°4 : Donc une partie du travail consiste à faire de la veille ?
Énormément.
Et c'est probablement l'une des parties du métier que l'on voit le moins.
Je lis.
Je regarde les campagnes.
Je suis les évolutions du secteur.
Je teste certains outils.
Je repère des exemples intéressants.
Je sauvegarde un article parce que je me dis : « Ça, il faudra que je leur montre. »
Puis je l'oublie dans mes favoris pendant six mois avant de le retrouver !
La veille nourrit les cours.
Elle permet surtout d'éviter d'enseigner la communication comme quelque chose de complètement déconnecté du monde dans lequel les étudiants vont travailler.
Question n°5 : Avec l'intelligence artificielle et les nouveaux outils, cette veille est-elle devenue encore plus importante ?
Oui.
Parce que les pratiques évoluent extrêmement rapidement.
Les étudiants utilisent déjà certains outils.
Les entreprises aussi.
On ne peut pas simplement faire comme s'ils n'existaient pas.
Mais le rôle du formateur n'est pas uniquement de présenter le dernier outil à la mode.
Il faut apporter du recul.
À quoi sert-il ?
Dans quelles situations est-il pertinent ?
Quelles sont ses limites ?
Comment vérifier ce qu'il produit ?
Quelles compétences humaines restent nécessaires ?
Finalement, plus l'accès à l'information et aux outils devient facile, plus je trouve important d'apprendre aux étudiants à analyser, choisir et questionner.
Question n°6 : Et après le cours, le travail est terminé ?
Pas toujours.
Il y a évidemment les corrections.
Les dossiers.
Les exercices.
Les évaluations.
Et corriger ne consiste pas uniquement à mettre une note.
Du moins, cela ne devrait pas.
Le feedback est important.
Pourquoi cette partie fonctionne-t-elle ?
Pourquoi celle-ci est-elle insuffisante ?
Comment progresser ?
Qu'est-ce qui manque ?
Un étudiant qui reçoit 11/20 sans autre indication sait qu'il a obtenu 11.
Il ne sait pas forcément comment arriver à 14 la prochaine fois.
La correction fait donc elle aussi partie de la formation.
Question n°7 : Les corrections représentent-elles beaucoup de temps ?
Cela peut représenter énormément de temps.
Prenons une classe de 25 étudiants.
Même en consacrant seulement dix minutes à chaque copie ou dossier, on dépasse déjà quatre heures.
Et dix minutes, sur certains travaux, c'est très peu.
Ajoutez plusieurs classes, plusieurs évaluations, les dossiers à relire avant les examens…
Les heures s'accumulent rapidement.
C'est aussi pour cela que le nombre d'heures « devant les étudiants » ne raconte qu'une partie de la charge de travail réelle.
Question n°8 : Il y a aussi les mails des étudiants ?
Ah, les mails…
Oui.
Il y a les questions sur le cours.
Les demandes de précision sur un devoir.
Les dossiers envoyés pour relecture.
Les interrogations concernant les examens.
Le fameux :
« Bonjour Madame, désolé de vous déranger, juste une petite question… »
suivi de douze questions.
Cela fait partie de l'accompagnement.
Mais cela pose également une vraie question : celle des limites.
Être formateur freelance ne signifie pas être disponible 24 heures sur 24.
Il faut progressivement poser un cadre, aussi bien pour les étudiants que pour soi-même.
Question n°9 : Est-ce difficile de poser ces limites quand on aime accompagner ?
Oui, parce qu'on peut facilement se dire :
« Je vais juste répondre rapidement. »
Puis un mail devient cinq.
Une relecture en entraîne une autre.
Et le travail déborde très vite.
Lorsque j'étais référente, cette question était encore plus présente puisque j'accompagnais environ 70 étudiants et une vingtaine d'intervenants.
Il fallait être disponible, écouter, répondre, orienter…
Mais on apprend aussi qu'accompagner quelqu'un ne signifie pas être accessible à n'importe quel moment pour n'importe quelle demande.
Poser un cadre fait aussi partie de l'accompagnement.
Question n°10 : Justement, les formateurs échangent-ils beaucoup avec les équipes pédagogiques ?
Cela dépend des établissements, mais oui, ces échanges peuvent être très importants.
Il y a les réunions pédagogiques.
Les bilans.
Les échanges concernant une classe.
Les informations liées au programme ou aux examens.
Les situations individuelles qui nécessitent une attention particulière.
Et lorsqu'une formation fonctionne bien, il y a idéalement une vraie coordination entre les différents intervenants.
Parce que du point de vue de l'étudiant, il suit une formation.
Il ne devrait pas avoir l'impression de suivre quinze matières complètement indépendantes animées par quinze personnes qui ne se parlent jamais.
Question n°11 : Votre expérience de référente vous a-t-elle justement fait découvrir une autre partie de ce travail invisible ?
Complètement.
Quand j'étais uniquement intervenante, je voyais principalement ma matière, mes cours et mes étudiants.
En devenant référente, j'ai vu tout ce qu'il y avait autour.
La coordination des intervenants.
Le suivi des programmes.
Les difficultés individuelles.
Les échanges avec les étudiants.
Les ajustements pédagogiques.
Les problèmes d'organisation.
Les préparations aux examens.
Et parfois simplement la nécessité de faire circuler l'information entre tout le monde.
Cela m'a fait comprendre qu'une formation ne repose jamais uniquement sur ce qui se passe pendant les heures de cours.
Il existe toute une mécanique derrière.
Quand elle fonctionne bien, les étudiants ne la voient presque pas.
Quand elle fonctionne mal… ils la voient très vite !
Question n°12 : Un formateur prépare-t-il aussi les examens ?
Bien sûr.
Et lorsque l'on intervient sur une formation certifiante, c'est une dimension essentielle.
Il faut connaître les attendus.
Les compétences évaluées.
Les modalités de l'épreuve.
Les critères d'évaluation.
Puis accompagner progressivement les étudiants pour qu'ils soient prêts.
Pas uniquement en leur donnant « la méthode pour avoir une bonne note ».
L'objectif est qu'ils comprennent ce qu'on attend d'eux et qu'ils développent réellement les compétences qui seront évaluées.
Mon expérience d'examinatrice m'aide évidemment beaucoup sur ce point.
Je sais ce que l'on observe pendant un oral.
Je vois les erreurs qui reviennent.
Et je vois aussi ce qui fait la différence entre quelqu'un qui récite quelque chose qu'il a préparé et quelqu'un qui maîtrise véritablement son sujet.
Question n°13 : Est-ce qu'un formateur repense à ses cours une fois rentré chez lui ?
Très souvent.
Il existe aussi ce que j'appellerais le travail invisible… dans notre tête.
On repense à une séance.
« Pourquoi cet exercice n'a pas fonctionné ? »
« J'aurais dû expliquer cette notion autrement. »
« Cette question était intéressante, je pourrais l'intégrer au prochain cours. »
Ou au contraire :
« Là, ça a vraiment bien marché. Il faut que je garde cette approche. »
Les cours continuent parfois à évoluer après qu'ils sont terminés.
Et je pense que cette capacité à analyser sa propre pratique est importante.
Question n°14 : Vous modifiez donc parfois un cours juste après l'avoir donné ?
Oui.
Et parfois même pendant !
Un cours est rarement figé.
Si je vois qu'une consigne n'était pas claire, je la reformule pour la prochaine classe.
Si une slide crée systématiquement de la confusion, je la change.
Si un exemple fonctionne particulièrement bien, je le garde.
Petit à petit, les cours s'améliorent.
C'est aussi pour cela qu'un support de formation ne raconte pas toute l'expérience du formateur.
Deux personnes peuvent avoir exactement le même PowerPoint et proposer deux formations complètement différentes.
Question n°15 : Il y a également toute la partie administrative du freelance…
Oui, et elle est nettement moins glamour !
Chercher des missions.
Échanger avec les écoles.
Envoyer des propositions.
Organiser son planning.
Établir ses factures.
Suivre les paiements.
Gérer ses documents administratifs.
Prévoir son activité.
Lorsqu'on est freelance, on n'est pas uniquement formateur.
On est aussi commercial, administratif, comptable — dans une certaine mesure — et responsable de sa propre organisation.
Tout cela se passe évidemment lorsque les étudiants ne sont pas là.
Question n°16 : Finalement, est-ce pour cela qu'il est trompeur de regarder uniquement le tarif horaire d'un formateur freelance ?
Oui.
Un tarif d'intervention ne correspond pas simplement à l'heure passée devant la classe.
Il doit aussi absorber tout ce qui existe autour.
La préparation.
L'actualisation.
Les échanges.
L'administratif.
Les périodes sans mission.
Et selon les prestations, certaines tâches complémentaires.
Cela ne signifie pas que chaque heure de cours demande systématiquement trois heures de travail derrière.
Avec l'expérience, certains contenus sont déjà construits et certaines préparations deviennent beaucoup plus rapides.
Mais comparer directement un tarif horaire freelance à un salaire horaire n'a pas vraiment de sens.
Les réalités ne sont pas les mêmes.
Question n°17 : Avec tout ce travail invisible, qu'est-ce qui reste finalement la partie la plus importante ?
Pour moi, tout ce travail a un objectif : faire en sorte que les heures passées devant les étudiants aient de la valeur.
Je ne fais pas de veille pour collectionner des informations.
Je ne construis pas des exercices pour remplir trois heures.
Je ne corrige pas uniquement pour produire une note.
Tout doit revenir à la même question :
« Est-ce que cela aide réellement l'étudiant à progresser ? »
C'est un bon filtre.
Parce qu'on peut aussi passer énormément de temps à perfectionner des choses qui n'auront finalement que très peu d'impact pédagogique.
Question n°18 : Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : que fait réellement un formateur quand il n'est pas devant ses étudiants ?
Il prépare.
Il cherche.
Il actualise.
Il corrige.
Il répond.
Il échange.
Il coordonne.
Il analyse.
Il améliore.
Et parfois, il recommence complètement quelque chose qu'il pensait pourtant avoir terminé.
Les étudiants voient quelques heures de cours.
Derrière ces quelques heures, il y a souvent beaucoup de travail qu'ils ne verront jamais.
Et c'est normal.
Parce que finalement, le travail invisible du formateur est justement ce qui doit permettre à l'apprentissage, lui, de devenir visible.




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