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Combien de temps faut-il vraiment pour préparer un bon cours ?

Sep 27
9 min read

Trois heures de cours.

Combien de temps de préparation ?

Trois heures ? Six heures ? Une journée entière ?

C'est probablement l'une des premières questions que l'on se pose lorsque l'on commence à intervenir en formation.

Et la réponse peut être assez déstabilisante :

ça dépend.

Du sujet.

Du niveau des étudiants.

Du programme.

De notre maîtrise du contenu.

Du fait que le cours existe déjà ou non.

Et surtout de ce que l'on appelle réellement « préparer un cours ».

Parce qu'un bon cours ne se prépare pas uniquement en alignant des slides jusqu'à ce que le PowerPoint affiche une durée théorique de trois heures.

Alors, combien de temps faut-il vraiment pour préparer un bon cours ?


Question n°1 : Commençons directement : existe-t-il une règle du type “une heure de cours = deux heures de préparation” ?

J'aimerais pouvoir donner une formule magique.

Mais non.

Une heure de formation peut demander trente minutes de préparation comme elle peut en demander cinq heures.

Si j'interviens sur un sujet que je maîtrise, avec un cours que j'ai déjà animé plusieurs fois, la préparation peut être relativement rapide.

Je vais actualiser quelques exemples, vérifier certaines informations, adapter éventuellement un exercice et revoir mon déroulé.

En revanche, si je dois créer un nouveau module de plusieurs heures sur un sujet qui nécessite beaucoup de recherches, le temps de préparation peut être considérable.

Comparer uniquement le nombre d'heures de cours au nombre d'heures de préparation n'est donc pas toujours très pertinent.


Question n°2 :Mais lorsqu'on construit un cours pour la première fois, cela prend forcément beaucoup de temps ?

Généralement, oui.

Parce qu'il faut tout construire.

Et avant même d'ouvrir PowerPoint, il y a déjà beaucoup de questions à se poser.

Qui sont mes étudiants ?

Quel est leur niveau ?

Qu'ont-ils déjà étudié ?

Quelles compétences doivent-ils acquérir ?

Y a-t-il un référentiel ?

Une certification ?

Une épreuve à préparer ?

Combien de temps ai-je avec eux ?

Et surtout : qu'est-ce que je veux qu'ils soient capables de faire à la fin ?

Cette dernière question devrait normalement arriver avant : « Combien de slides vais-je préparer ? »


Question n°3 :Justement, est-ce une erreur de commencer directement par le support ?

Je pense que c'est un piège assez classique.

On ouvre une présentation vierge et on commence :

Titre.

Définition.

Deuxième définition.

Schéma.

Exemple.

Nouvelle notion.

Et progressivement, on construit beaucoup de contenu.

Le problème, c'est qu'on peut avoir un très beau support sans avoir réellement construit un parcours d'apprentissage.

Le PowerPoint est un outil.

Ce n'est pas le cours.

Avant de réfléchir à ce que je vais afficher, je dois réfléchir à ce que les étudiants vont devoir comprendre, expérimenter, pratiquer et retenir.


Question n°4 :Donc préparer un cours, ce n'est pas uniquement préparer ce que le formateur va dire ?

Exactement.

Et c'est probablement l'une des évolutions que l'on connaît avec l'expérience.

Au début, on réfléchit énormément à :

« Qu'est-ce que je vais leur dire ? »

Puis progressivement, la question devient :

« Qu'est-ce qu'ils vont faire ? »

À quel moment vont-ils pratiquer ?

Comment vais-je vérifier qu'ils ont compris ?

Quel exercice va leur permettre d'utiliser la notion ?

Quelle situation professionnelle puis-je leur proposer ?

Quelles difficultés risquent-ils de rencontrer ?

Préparer un bon cours, c'est donc aussi préparer des moments où le formateur… ne parle pas.


Question n°5 :Est-ce qu'un cours qui demande énormément de préparation est forcément meilleur ?

Pas du tout.

On peut passer quinze heures sur un support magnifique et proposer un cours qui ne fonctionne pas.

Et on peut parfois préparer une activité très simple qui déclenche énormément d'apprentissage.

Le temps passé n'est pas une garantie de qualité.

C'est même un piège lorsque l'on débute : on peut vouloir tellement bien faire que l'on passe un temps considérable à perfectionner des détails qui auront finalement très peu d'impact.

Modifier dix fois la mise en page d'une slide ne rendra pas nécessairement l'explication plus claire.

À un moment donné, il faut savoir où mettre son énergie.


Question n°6 :Qu'est-ce qui mérite alors le plus de temps ?

Pour moi : la structure.

Je préfère un support visuellement simple avec un déroulé pédagogique cohérent qu'un support magnifique dans lequel les étudiants se perdent.

Il faut réfléchir à l'ordre.

Quelle notion vient en premier ?

Qu'est-ce qu'ils doivent comprendre avant de pouvoir aborder la suite ?

À quel moment ont-ils besoin d'un exemple ?

À quel moment faut-il les faire pratiquer ?

Et surtout : est-ce que tout ce que j'ai prévu est réellement utile ?

Cette dernière question peut faire gagner beaucoup de temps.

Parce que nous avons parfois tendance à vouloir trop en mettre.


Question n°7 :C'est-à-dire ?

Lorsque l'on maîtrise un sujet, tout nous semble important.

On veut expliquer le concept.

Puis la nuance.

Puis l'exception.

Puis le cas particulier.

Puis raconter une expérience professionnelle intéressante.

Puis montrer trois exemples.

Et tout à coup, notre cours de trois heures nécessiterait environ huit heures.

Il faut faire des choix.

Et c'est parfois difficile.

Mais un cours surchargé n'est pas nécessairement plus riche.

Si les étudiants repartent avec vingt notions qu'ils maîtrisent à moitié, ce n'est pas forcément mieux que cinq notions qu'ils savent réellement utiliser.

Préparer, c'est aussi décider de ce que l'on ne va pas enseigner aujourd'hui.


Question n°8 :Comment sait-on alors combien de contenu prévoir pour trois heures ?

C'est l'une des choses les plus difficiles au début.

Parce que le temps théorique et le temps réel sont deux choses très différentes.

Sur notre ordinateur, on se dit :

« Cette partie me prendra vingt minutes. »

Puis en classe, un étudiant pose une question.

Un autre rebondit.

On donne un exemple supplémentaire.

Une discussion intéressante démarre.

Et les vingt minutes deviennent quarante-cinq.

À l'inverse, l'exercice que l'on pensait faire durer trente minutes est terminé en douze.

Avec l'expérience, on apprend donc à prévoir une structure suffisamment claire mais aussi suffisamment souple.


Question n°9 :Faut-il prévoir du contenu “au cas où” ?

Oui, surtout au début.

Avoir un exercice complémentaire, une étude de cas, quelques questions supplémentaires ou une activité que l'on peut sortir si l'on avance plus vite que prévu est rassurant.

Parce que l'une des grandes angoisses du nouveau formateur reste quand même :

« Et si j'ai terminé mon cours une heure trop tôt ? »

Spoiler : on survit.

Mais avoir quelques ressources supplémentaires permet d'être plus serein.

En revanche, je préfère prévoir des activités utiles plutôt que vingt slides supplémentaires uniquement pour remplir le temps.


Question n°10 :Et si au contraire on n'a pas le temps de terminer tout ce qu'on avait prévu ?

Ce n'est pas forcément grave.

La question est : qu'est-ce qui n'a pas été terminé ?

Si j'ai passé plus de temps sur une notion parce que les étudiants avaient besoin de la comprendre, cela peut être parfaitement justifié.

Si j'ai perdu quarante minutes sur une anecdote qui n'apportait pas grand-chose… c'est différent.

Là encore, l'objectif pédagogique doit servir de boussole.

Terminer son support n'est pas une victoire en soi.

Parfois, il vaut mieux avoir traité correctement 80 % de ce que l'on avait prévu que courir sur les 20 % restants simplement pour pouvoir dire : « C'est bon, j'ai tout fait. »


Question n°11 :Avec l'expérience, prépare-t-on beaucoup plus vite ?

Oui.

Mais pas uniquement parce qu'on devient plus rapide sur PowerPoint.

Avec l'expérience, on possède déjà des ressources.

Des exemples.

Des exercices.

Des cas.

Des méthodes.

On sait aussi davantage anticiper les difficultés des étudiants.

On sait qu'à tel endroit, une notion risque de poser problème.

On sait que telle consigne doit être particulièrement claire.

On sait que cet exercice durera probablement plus longtemps que prévu.

En quelque sorte, on construit progressivement une bibliothèque pédagogique.

Et cela fait gagner énormément de temps.


Question n°12 :Cela signifie-t-il qu'un formateur expérimenté peut arrêter de préparer ?

Non.

Et je pense que c'est justement un risque.

Lorsque l'on a donné le même cours plusieurs fois, on peut se dire :

« Je le connais, je peux y aller. »

Bien sûr, on n'a plus besoin de préparer comme la première fois.

Mais il faut continuer à vérifier.

Est-ce que les exemples sont toujours actuels ?

Est-ce que les pratiques ont changé ?

Est-ce que ce contenu correspond toujours au programme ?

Est-ce que cet exercice fonctionne encore ?

En communication, cette actualisation est particulièrement importante.

Un support ne devrait pas devenir une capsule temporelle de notre première année de formation.


Question n°13 :Donc le temps gagné avec l'expérience est réinvesti autrement ?

Je le vois comme ça.

Au début, énormément de temps est consacré à construire.

Plus tard, davantage de temps peut être consacré à améliorer.

On ne se demande plus forcément :

« Comment vais-je remplir ces trois heures ? »

Mais plutôt :

« Comment rendre ces trois heures plus utiles ? »

C'est un changement assez important.

On retire parfois des slides.

On simplifie.

On remplace une longue explication par un cas pratique.

On change un exemple.

On améliore une consigne.

Finalement, l'expérience ne consiste pas forcément à faire toujours plus.

Souvent, elle permet de faire plus juste.


Question n°14 :Les retours des étudiants font-ils partie de la préparation des cours suivants ?

Oui, même lorsqu'ils ne nous font pas un retour explicite.

Leurs réactions donnent énormément d'informations.

Si plusieurs groupes bloquent au même endroit, il y a probablement quelque chose à revoir.

Si une consigne nécessite systématiquement dix minutes d'explication supplémentaire, elle n'est peut-être pas suffisamment claire.

Si un exemple déclenche immédiatement la compréhension, il mérite probablement de rester.

Un cours se prépare donc aussi… pendant le cours précédent.

On observe.

On teste.

On ajuste.


Question n°15 :Vous arrive-t-il de refaire complètement une partie d'un cours après l'avoir donnée ?

Oui.

Parfois, sur le papier, quelque chose semble très bien.

Puis on le teste en conditions réelles et on réalise que cela ne fonctionne pas.

C'est frustrant, surtout lorsqu'on a passé beaucoup de temps dessus.

Mais il faut accepter que la première version d'un cours soit justement… une première version.

On améliore ensuite.

Comme dans beaucoup de métiers.

Le problème serait plutôt de continuer pendant trois ans avec un cours dont on sait qu'il ne fonctionne pas simplement parce qu'on a passé dix heures à le préparer au départ.


Question n°16 :Quand on est freelance, faut-il prendre en compte ce temps de préparation dans son tarif ?

Absolument.

C'est une réalité importante du métier.

Si une école me rémunère pour trois heures d'intervention, mon activité professionnelle autour de ces trois heures ne se limite pas forcément aux trois heures passées dans la salle.

Il y a la préparation, l'actualisation, parfois les corrections, les échanges et l'administratif.

Évidemment, un cours déjà construit ne représente pas la même charge qu'une création complète.

Mais lorsqu'on fixe ou accepte un tarif, il faut réfléchir à la mission dans son ensemble.

Sinon, un tarif horaire qui semblait intéressant peut devenir beaucoup moins séduisant une fois tout le temps réel comptabilisé.


Question n°17 :Est-ce qu'un formateur doit chronométrer son temps de préparation ?

Au début, je trouve que cela peut être intéressant.

Pas nécessairement pour vivre avec un chronomètre à la main.

Mais pour prendre conscience du temps réellement consacré à une mission.

On peut avoir l'impression d'avoir « juste préparé quelques slides » alors qu'on y a passé tout un après-midi.

Comprendre où part son temps permet aussi de mieux s'organiser.

Et surtout d'identifier les endroits où l'on cherche peut-être un niveau de perfection qui n'apporte pas réellement de valeur supplémentaire.


Question n°18 :Justement, comment savoir quand un cours est suffisamment prêt ?

Très bonne question.

Parce qu'en réalité, on pourrait toujours continuer.

Trouver un meilleur exemple.

Ajouter une activité.

Refaire une slide.

Lire un article supplémentaire.

Changer une image.

À un moment, il faut s'arrêter.

Pour moi, un cours est suffisamment prêt lorsque je sais répondre à quelques questions simples :

Où est-ce que je veux emmener les étudiants ?

Pourquoi ce que je leur propose va les aider à y arriver ?

Comment vais-je vérifier qu'ils ont compris ?

Qu'est-ce que je fais si cela ne se déroule pas comme prévu ?

Si j'ai ces réponses, je peux entrer dans la salle sereinement.

Même si ma présentation n'est pas parfaite.


Question n°19 :Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : combien de temps faut-il vraiment pour préparer un bon cours ?

Il n'y a pas de nombre magique.

Un nouveau cours peut demander des heures, parfois beaucoup plus que le temps que l'on passera ensuite devant les étudiants.

Un cours déjà maîtrisé peut nécessiter seulement quelques ajustements.

Avec l'expérience, le temps de préparation diminue souvent.

Mais surtout, il change.

On passe progressivement de :

« Qu'est-ce que je vais dire pendant trois heures ? »

à :

« Qu'est-ce que mes étudiants doivent avoir compris et être capables de faire après ces trois heures ? »

Et finalement, c'est peut-être le meilleur indicateur.

Un bon cours n'est pas celui sur lequel le formateur a passé le plus de temps. C'est celui pour lequel le temps de préparation a été consacré à ce qui fera réellement progresser les étudiants.

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