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Est-ce qu’un formateur doit tout savoir ?

Sep 21
7 min read

Vous êtes en plein cours.

Tout se passe bien. Vous maîtrisez votre sujet, les étudiants participent, les échanges sont intéressants.

Puis une main se lève.

Une question.

Et là…

Vous n'avez pas la réponse.

Pendant quelques secondes, plusieurs possibilités traversent votre esprit : improviser quelque chose qui ressemble vaguement à une réponse, détourner subtilement la conversation, répondre « nous verrons cela plus tard » avec beaucoup d'assurance…

Ou prononcer ces trois petits mots qui peuvent sembler particulièrement difficiles lorsqu'on est devant une classe :

« Je ne sais pas. »

Parce que lorsque l'on est formateur, une idée peut rapidement s'installer : puisque nous sommes devant la classe, nous sommes censés savoir.

Mais sommes-nous vraiment censés tout savoir ?


Question n°1 : Alors, est-ce qu'un formateur doit tout savoir ?

Non.

Et heureusement !

En revanche, il doit maîtriser ce qu'il enseigne.

La nuance est importante.

Si j'interviens sur une matière, les étudiants sont en droit d'attendre de moi que j'en maîtrise les fondamentaux, que je sois capable de répondre à leurs questions, de les accompagner et de leur apporter une véritable expertise.

Mais maîtriser un domaine ne signifie pas connaître chaque information existante sur ce domaine.

Particulièrement en communication.

Les outils changent.

Les plateformes évoluent.

Les usages aussi.

De nouvelles pratiques apparaissent en permanence.

Vouloir tout savoir est donc non seulement impossible, mais probablement épuisant.


Question n°2 : Pourtant, dire “je ne sais pas” devant une classe peut faire peur…

Énormément.

Surtout au début.

Parce que derrière le « je ne sais pas », il y a souvent une autre peur :

« Est-ce qu'ils vont encore me trouver légitime ? »

On peut avoir l'impression que notre crédibilité repose sur notre capacité à répondre immédiatement à toutes les questions.

Alors lorsqu'un étudiant nous emmène sur un terrain que l'on maîtrise moins, une petite voix peut apparaître :

« Tu es quand même censée être la formatrice… »

Et c'est là que l'on peut être tenté de répondre malgré tout.

Pour moi, c'est beaucoup plus problématique.


Question n°3 : Pourquoi ?

Parce qu'inventer une réponse pour préserver sa crédibilité peut justement nous en faire perdre.

Les étudiants ne sont pas dupes.

Et surtout, notre responsabilité est de leur transmettre une information juste.

Je préfère largement dire :

« Je ne veux pas te répondre n'importe quoi. Je vais vérifier et je te donnerai la réponse. »

C'est professionnel.

Et ensuite, évidemment, il faut revenir avec la réponse.

Sinon, cela devient simplement une très jolie technique pour éviter les questions difficiles !


Question n°4 : Finalement, dire “je ne sais pas” peut-il renforcer la crédibilité ?

Je pense que oui.

À condition que cela reste ponctuel, évidemment.

Si je réponds « je ne sais pas » à la moitié des questions sur le sujet que je suis censée enseigner, nous avons un autre problème.

Mais reconnaître honnêtement la limite de ses connaissances montre aussi une certaine sécurité dans sa posture.

Je n'ai pas besoin de prétendre tout savoir pour savoir ce que je vaux professionnellement.

Et je trouve que c'est également un message important pour les étudiants.

Parce qu'eux aussi vont entrer dans le monde professionnel avec cette pression : avoir la bonne réponse immédiatement.

Or, être professionnel, ce n'est pas toujours savoir.

C'est aussi savoir chercher, vérifier, demander et reconnaître lorsque l'on a besoin d'une information supplémentaire.


Question n°5 : Un formateur peut donc utiliser son propre “je ne sais pas” comme outil pédagogique ?

Complètement.

On peut même aller plus loin.

Parfois, plutôt que de chercher moi-même la réponse et de la donner au cours suivant, je peux demander :

« Comment est-ce qu'on pourrait vérifier ? »

Ou :

« Où iriez-vous chercher cette information ? »

Tout à coup, la question devient un exercice.

Parce que dans leur future vie professionnelle, les étudiants ne disposeront pas en permanence d'un formateur à côté d'eux pour répondre.

Ils devront savoir trouver une information fiable.

Comparer des sources.

Vérifier.

Prendre du recul.

Avec l'arrivée de l'intelligence artificielle et l'accès immédiat à énormément d'informations, cette compétence devient d'ailleurs encore plus importante.

La question n'est plus uniquement : « Est-ce que je sais ? »

Elle devient aussi : « Est-ce que je sais comment vérifier ce que je crois savoir ? »


Question n°6 :Mais les étudiants attendent quand même une expertise de leur formateur…

Bien sûr.

Et il ne faut pas tomber dans l'excès inverse.

Dire qu'un formateur ne peut pas tout savoir ne signifie pas qu'il peut arriver en cours sans avoir suffisamment préparé son sujet.

La posture « On va chercher ensemble, je suis là pour apprendre autant que vous » a ses limites.

Oui, j'apprends de mes étudiants.

Oui, ils peuvent m'apporter des références, des pratiques ou des usages que je ne connais pas.

Mais nous n'avons pas exactement le même rôle dans la salle.

Je suis responsable de la formation que je dispense.

Cela implique de préparer, d'actualiser mes connaissances et de savoir où je veux emmener les étudiants.

L'humilité ne remplace pas la compétence.

Elle l'accompagne.


Question n°7 :Comment fait-on justement pour maintenir ses connaissances à jour ?

C'est une partie invisible du métier.

Un cours ne reste pas figé pendant cinq ans.

Et c'est particulièrement vrai en communication.

Je dois suivre les évolutions du secteur, regarder ce qui se passe sur les plateformes, observer les campagnes, les nouveaux usages, les nouveaux outils.

Je dois aussi régulièrement remettre mes supports en question.

Un exemple qui fonctionnait parfaitement il y a quelques années peut ne plus parler du tout aux étudiants aujourd'hui.

Certaines pratiques deviennent obsolètes.

De nouveaux sujets apparaissent.

Former oblige donc aussi à continuer à apprendre.

Et c'est quelque chose que j'aime dans ce métier : on ne peut pas vraiment s'endormir sur ce que l'on sait déjà.


Question n°8 :Est-ce que les étudiants peuvent parfois en savoir plus que le formateur sur certains sujets ?

Évidemment.

Et cela ne me pose aucun problème.

Un étudiant peut être passionné par un réseau social, un outil de création, une pratique particulière ou une technologie et avoir passé des centaines d'heures dessus.

Il peut parfaitement connaître certaines fonctionnalités mieux que moi.

La question est : est-ce que cela remet en cause mon rôle de formatrice ?

Non.

Mon rôle n'est pas nécessairement d'être la personne qui possède le plus d'informations sur absolument tout.

Je dois être capable d'apporter du recul, de la méthode, de replacer une pratique dans une stratégie et d'aider l'étudiant à développer son raisonnement.

Et lorsqu'un étudiant apporte une expertise intéressante, pourquoi ne pas lui laisser la parole ?

Cela peut même enrichir le cours.


Question n°9 :Donc perdre momentanément sa position de “celui qui sait” n'est pas dangereux ?

Non.

Je pense même qu'il peut être intéressant de sortir de cette représentation du formateur qui serait détenteur du savoir face à des étudiants qui ne sauraient rien.

La réalité est beaucoup plus riche.

Les étudiants arrivent avec leurs expériences, leurs alternances, leurs références, leurs usages.

Ils ont des choses à apporter.

Cela ne supprime pas l'expertise du formateur.

Cela permet simplement de considérer la salle de cours comme un endroit où les connaissances peuvent aussi circuler.


Question n°10 :Et si un étudiant vous contredit ?

Cela dépend.

S'il a raison, il a raison !

Et dans ce cas, je peux parfaitement le reconnaître.

Dire « Tu as raison, je me suis trompée » ne devrait pas être un événement dramatique.

Nous pouvons tous faire une erreur.

Là encore, la manière dont nous réagissons envoie un message.

Si je refuse systématiquement d'admettre une erreur simplement parce que je suis la formatrice, qu'est-ce que j'apprends implicitement aux étudiants ?

Qu'être crédible signifie ne jamais se tromper ?

Ce n'est pas exactement la réalité professionnelle à laquelle ils vont être confrontés.


Question n°11 :Justement, est-ce important de montrer aux étudiants qu'un professionnel peut se tromper ?

Oui.

Parce qu'ils ont parfois une vision très impressionnante de l'expertise.

Ils voient quelqu'un qui travaille depuis dix ou quinze ans dans un domaine et pensent :

« Elle sait faire. Moi, je ne sais pas. »

Ils ne voient pas toutes les erreurs qui ont permis d'apprendre.

Ils ne voient pas les hésitations.

Les recherches.

Les moments où nous avons demandé de l'aide.

Les premières fois où nous ne savions absolument pas comment gérer une situation.

Partager aussi cela permet de rendre l'apprentissage plus réaliste.

On ne devient pas professionnel le jour où l'on sait tout.

D'ailleurs, ce jour n'arrive jamais.


Question n°12 :Votre rôle d'examinatrice vous a-t-il fait réfléchir différemment à cette question ?

Oui, parce que lors d'un oral, il arrive qu'un candidat ne sache pas répondre à une question.

Et ce n'est pas toujours ce qui pose le plus problème.

Ce qui est intéressant, c'est ce qu'il fait ensuite.

Est-ce qu'il invente ?

Est-ce qu'il panique complètement ?

Est-ce qu'il essaie de réfléchir ?

Est-ce qu'il est capable de dire honnêtement qu'il ne sait pas tout en proposant une piste ?

Dans le monde professionnel, on rencontrera forcément des questions auxquelles on n'a pas immédiatement la réponse.

La posture adoptée face à l'incertitude est donc elle-même une compétence.


Question n°13 :Est-ce qu'un formateur doit apprendre à ses étudiants à ne pas tout savoir ?

D'une certaine manière, oui.

Ou plutôt à ne pas confondre compétence et omniscience.

Je préfère un étudiant qui me dit :

« Je ne sais pas, mais voilà comment je chercherais »

à quelqu'un qui invente une réponse avec beaucoup d'assurance.

Parce que dans la communication comme ailleurs, une réponse fausse donnée avec aplomb reste une réponse fausse.

Savoir reconnaître ses limites est une forme de professionnalisme.


Question n°14 :Est-ce que cette pression de tout savoir touche particulièrement les nouveaux formateurs ?

Je pense.

Lorsqu'on débute, on cherche encore sa légitimité.

On prépare énormément.

On essaie d'anticiper toutes les questions possibles.

On veut éviter le moment où quelqu'un va découvrir que, finalement, nous ne savons pas tout.

Puis avec l'expérience, on comprend que ce moment arrivera forcément.

Et qu'il ne se passe rien de dramatique.

Au contraire, je trouve qu'une certaine tranquillité apparaît lorsqu'on accepte de ne pas devoir prouver en permanence que l'on mérite d'être devant la classe.

La légitimité se construit davantage dans la qualité de l'accompagnement que dans la capacité à réciter une réponse à chaque question.


Question n°15 :Alors, qu'est-ce qu'un formateur doit absolument savoir ?

Il doit connaître son sujet.

Comprendre les objectifs de sa formation.

Savoir où trouver une information lorsqu'il ne l'a pas.

Savoir distinguer ce qu'il maîtrise de ce qu'il doit vérifier.

Et surtout, savoir transformer ses connaissances en apprentissage.

Parce qu'au fond, les étudiants ne viennent pas uniquement chercher quelqu'un qui sait.

Ils viennent chercher quelqu'un qui peut les aider, eux, à savoir faire.


Question n°16 :Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : est-ce qu'un formateur doit tout savoir ?

Non.

Et peut-être que vouloir tout savoir nous éloigne même parfois de l'essentiel.

Un formateur doit être compétent, préparé, curieux et capable de maintenir son expertise à jour.

Mais il doit également être suffisamment à l'aise avec sa propre légitimité pour dire :

« Je ne sais pas. »

« Je vais vérifier. »

« Tu as raison. »

« Je me suis trompée. »

Parce qu'en faisant cela, il ne transmet pas uniquement des connaissances.

Il montre aussi une manière d'être professionnel.

Et finalement, la compétence ne consiste peut-être pas à avoir toutes les réponses. Elle consiste aussi à savoir quoi faire lorsqu'on ne les a pas.

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