top of page

Comment gérer un étudiant qui manque énormément de confiance en lui ?

Oct 10
10 min read

« De toute façon, je suis nul à l'oral. ». Le travail n'a même pas commencé. L'étudiant n'est pas encore passé devant la classe. Mais le verdict est déjà tombé. Ou alors : « Je n'y arriverai jamais. » « Les autres sont meilleurs que moi. » « Je sais que je vais me rater. »

Lorsqu'on accompagne des étudiants, on rencontre forcément des profils qui doutent.

Mais parfois, le manque de confiance prend tellement de place qu'il finit par devenir un obstacle en lui-même. L'étudiant n'ose plus essayer. Il demande constamment une validation. Il minimise ses réussites. Il interprète chaque erreur comme la preuve qu'il n'est « pas capable ». Et pour le formateur, la tentation est grande de répondre : « Mais si, tu peux le faire ! » Avec les meilleures intentions du monde. Le problème ? Cela ne suffit pas toujours. Alors, comment accompagner un étudiant qui manque énormément de confiance en lui sans tomber dans le simple discours rassurant ?


Question n°1 : D'abord, comment reconnaît-on réellement un manque de confiance ?

Ce n'est pas toujours l'étudiant le plus discret. Certains vont clairement dire : « Je ne suis pas capable. » Chez d'autres, cela se manifeste différemment. Ils vont éviter de participer.

Ne jamais vouloir passer en premier. Demander quinze fois si leur travail est « bon ». Comparer constamment ce qu'ils font avec les autres. Ou ne pas rendre un travail parce qu'ils considèrent qu'il n'est pas suffisamment bien. Il y a aussi ceux qui utilisent beaucoup l'humour : « De toute façon, moi, je vais avoir 5 ! » Cela peut sembler léger. Mais quand ce discours revient constamment, il raconte parfois quelque chose.


Question n°2: Pourquoi le manque de confiance peut-il autant bloquer l'apprentissage ?

Parce qu'il modifie la manière dont l'étudiant interprète ce qui lui arrive. S'il réussit : « J'ai eu de la chance. » S'il échoue : « Je savais que j'étais nul. » S'il reçoit un compliment : « Elle dit ça pour être gentille. » S'il reçoit une remarque : « Voilà la preuve que je n'y arriverai jamais. » Dans cette logique, tout finit par confirmer la croyance de départ. Et le problème n'est plus seulement la compétence à acquérir. Il faut aussi aider l'étudiant à regarder plus objectivement ce qu'il sait déjà faire et ce qu'il peut encore apprendre.


Question n°3 : Le premier réflexe est pourtant souvent de rassurer…

Oui. Quelqu'un nous dit : « Je suis nul à l'oral. » Et nous répondons immédiatement : « Mais non, pas du tout ! » C'est humain. Mais si l'étudiant est profondément convaincu du contraire, notre phrase risque de glisser sur lui. Je trouve plus intéressant de questionner l'affirmation : « Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » Tout à coup, on passe d'un jugement global — « je suis nul » — à quelque chose que l'on peut analyser. Peut-être qu'il perd ses moyens lorsqu'il parle devant un groupe. Peut-être qu'il parle trop vite. Peut-être qu'il a eu une mauvaise expérience. Ce n'est plus la même chose.


Question n°4 : Donc il faut transformer “je suis nul” en quelque chose de plus précis ?

Exactement. Parce que « je suis nul » ne donne aucune piste de progression. Alors que :

« J'ai du mal à regarder le jury lorsque je suis stressé », ça se travaille. « Je perds le fil lorsque je n'ai pas mes notes », ça se travaille. « Je n'arrive pas encore à structurer ma recommandation », ça se travaille. Le mot que je trouve particulièrement intéressant est « encore ». « Je n'y arrive pas » ferme la porte. « Je n'y arrive pas encore » laisse entendre qu'il existe une suite.


Question n°5 : Un formateur peut-il réellement redonner confiance à un étudiant ?

Il peut y contribuer. Mais je serais prudente avec l'idée de « donner » confiance. Je ne peux pas déposer de la confiance chez quelqu'un comme je lui donnerais un cours imprimé.

En revanche, je peux créer des situations dans lesquelles il va progressivement faire l'expérience de sa capacité. Et c'est là que les choses deviennent intéressantes.

La confiance ne vient pas uniquement de ce que les autres nous disent. Elle vient aussi de ce que nous nous voyons réussir.


Question n°6 : Concrètement, comment fait-on ?

En commençant parfois plus petit. Si un étudiant est terrorisé à l'idée de faire vingt minutes de présentation devant toute une classe, lui dire : « Allez, lance-toi, ça va bien se passer »

ne suffira peut-être pas. On peut travailler progressivement. Présenter une idée pendant une minute. Puis expliquer quelque chose devant trois personnes. Puis défendre une recommandation pendant quelques minutes. Puis passer devant un groupe plus important.

Chaque étape réussie devient une preuve. Et petit à petit, l'étudiant peut commencer à se dire : « Finalement, je suis peut-être capable de faire un peu plus que ce que je pensais. »


Question n°7 : Faut-il beaucoup valoriser les étudiants qui manquent de confiance ?

Oui, mais avec précision. Dire constamment : « C'est super ! » ne suffit pas forcément.

Je préfère un feedback comme : « Ton introduction est beaucoup plus structurée que la dernière fois. » Ou : « Tu as réussi à répondre sans regarder tes notes. » Ou encore :

« Ton argument est pertinent parce que tu l'as relié à ta cible. » L'étudiant sait alors ce qu'il a réussi. La valorisation devient crédible parce qu'elle repose sur quelque chose de concret.


Question n°8 : Pourquoi est-ce important ?

Parce que quelqu'un qui manque énormément de confiance peut avoir beaucoup de mal à recevoir un compliment général. Si je dis : « Tu es très bonne à l'oral », il peut penser :

« Elle dit ça pour me rassurer. » Si je dis : « Aujourd'hui, tu as regardé le jury pendant toute ta conclusion alors que tu n'y arrivais pas il y a trois semaines », il est beaucoup plus difficile de nier le progrès. La confiance se nourrit mieux de preuves que de slogans.


Question n°9 : Et lorsqu'il y a malgré tout des choses qui ne vont pas ?

Il faut les dire. Manquer de confiance ne signifie pas qu'on doit être protégé de tout feedback négatif. Au contraire. Si je dis à un étudiant que tout est parfait alors que ce n'est pas le cas, je ne l'aide pas. Et surtout, il risque de ne plus croire mes encouragements.

La question est plutôt de savoir comment formuler le feedback. Je peux dire :

« Cette partie n'est pas encore au niveau attendu. Voilà ce qui manque et voilà comment tu peux la retravailler. » Je critique le travail. Pas la personne.


Question n°10 : C'est une distinction importante ?

Essentielle. Il y a une énorme différence entre : « Ton analyse manque de profondeur »

et : « Tu n'es pas bon en analyse. » Dans le premier cas, je parle d'un travail à un instant donné. Dans le second, je transforme une difficulté en identité. Or, les étudiants qui manquent de confiance font déjà très bien cela tout seuls ! Ils passent très rapidement de :

« J'ai raté cet oral » à : « Je suis nul à l'oral. » Notre rôle est justement de les aider à remettre de la nuance.


Question n°11 : Votre expérience d'examinatrice vous a-t-elle particulièrement sensibilisée à cette question ?

Oui, parce qu'à l'oral, le manque de confiance peut être très visible. Certains candidats arrivent en s'excusant presque d'être là. Ils minimisent leur travail. Ils répondent avec beaucoup d'hésitation alors qu'ils connaissent parfois parfaitement leur sujet. Mais il faut aussi faire attention à ne pas confondre assurance et compétence. Un candidat très sûr de lui n'est pas nécessairement celui qui maîtrise le mieux. Et quelqu'un de stressé peut avoir réalisé un excellent travail. En tant qu'examinatrice, je dois évaluer les compétences démontrées, pas simplement l'aisance apparente de la personne.


Question n°12 : Est-ce important de le rappeler aux étudiants ?

Oui. Notamment pour les oraux. Ils pensent parfois qu'il faut devenir extrêmement charismatique, ne jamais hésiter et n'avoir aucun stress pour réussir. Ce n'est pas le cas.

On peut être stressé et compétent. On peut avoir la voix qui tremble au début et produire une excellente analyse. On peut être réservé et très convaincant. L'objectif n'est pas forcément de supprimer totalement le stress. Il est d'apprendre à agir même lorsqu'il est présent.


Question n°13 : Et si l'étudiant se compare constamment aux autres ?

C'est très fréquent. « Elle, elle est beaucoup plus à l'aise. » « Lui, il a déjà tout compris. »

« Les autres ont de meilleures idées. » Le problème, c'est que l'étudiant compare souvent ses propres difficultés intérieures avec ce que les autres montrent extérieurement.

Il ne voit pas forcément leur travail, leurs doutes ou leurs difficultés. J'essaie donc de ramener la comparaison vers sa propre progression. « Est-ce que tu fais mieux qu'il y a un mois ? » C'est souvent beaucoup plus utile que : « Est-ce que tu fais mieux que ton voisin ? »


Question n°14 : Faut-il éviter de mettre l'étudiant en difficulté devant les autres ?

Il faut surtout doser. Si je sais qu'un étudiant est extrêmement anxieux à l'idée de prendre la parole, l'interroger brutalement devant trente personnes pour « le décoincer » n'est probablement pas la stratégie que je choisirais. Mais je ne veux pas non plus organiser toute sa formation autour de l'évitement. Sinon, je renforce l'idée : « Tu n'es pas capable de faire cela. » Il faut trouver des étapes intermédiaires. Sécuriser suffisamment pour permettre d'essayer. Puis augmenter progressivement le niveau de difficulté.


Question n°15 : Cela rejoint finalement la question de l'autonomie ?

Complètement. Un étudiant qui manque de confiance demande souvent beaucoup de validation. « C'est bon comme ça ? » « Vous êtes sûre ? » « Je peux vraiment faire ça ? »

Si je réponds systématiquement oui ou non, je deviens progressivement son système de validation externe. Et le jour où je ne suis plus là, le doute revient. Je peux donc retourner certaines questions : « Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? » « Sur quels critères peux-tu vérifier ? » « Qu'est-ce qui te fait hésiter ? » L'objectif est qu'il apprenne progressivement à évaluer lui-même son travail.


Question n°16 : Mais n'est-ce pas déstabilisant pour quelqu'un qui manque déjà de confiance ?

Au début, oui. Il peut même me regarder comme s'il pensait : « Si je savais, je ne vous poserais pas la question ! » Et parfois, évidemment, il faut donner une réponse. Mais petit à petit, je peux l'aider à construire ses propres repères. La confiance ne consiste pas à être certain d'avoir toujours raison. C'est aussi être capable de prendre une décision avec les informations dont on dispose, puis de l'ajuster si nécessaire.


Question n°17 : Votre expérience de référente vous a-t-elle permis de voir des évolutions importantes chez certains étudiants ?

Oui. Et ce sont probablement parmi les évolutions les plus intéressantes à observer.

Parce que le manque de confiance ne disparaît pas toujours de manière spectaculaire.

Parfois, ce sont de petits signes. Un étudiant qui prend enfin la parole sans qu'on l'interroge.

Qui ose envoyer une candidature. Qui défend son choix au lieu de chercher immédiatement notre approbation. Qui revient d'un oral en disant : « J'étais stressé, mais j'ai réussi à répondre. » Ce ne sont peut-être que quelques minutes vues de l'extérieur. Mais pour lui, cela peut représenter un vrai changement.


Question n°18 : Est-ce qu'il faut rappeler à l'étudiant ses progrès ?

Oui. Parce qu'il ne les voit pas toujours. Lorsqu'on avance progressivement, on oublie facilement d'où l'on est parti. Je trouve intéressant de pouvoir dire : « Tu te souviens qu'il y a trois mois, tu refusais complètement de passer devant la classe ? Regarde ce que tu viens de faire. » Cela permet de rendre le chemin visible. Et parfois, prendre conscience du chemin déjà parcouru donne davantage confiance pour la suite.


Question n°19 : Que faire lorsqu'un étudiant minimise systématiquement ses réussites ?

Je peux l'amener à les analyser plutôt qu'à simplement les accepter. S'il dit : « J'ai eu 15, mais le sujet était facile », je peux demander : « D'accord. Et qu'est-ce que tu as fait, toi, pour obtenir ce 15 ? » S'il répond : « J'ai eu de la chance », on peut regarder concrètement le travail produit. L'objectif n'est pas de lui faire réciter : « Je suis formidable » devant son miroir. C'est de l'aider à attribuer aussi ses réussites à ses efforts, ses choix et ses compétences.


Question n°20 : Un formateur doit-il faire attention aux mots qu'il utilise ?

Énormément. Certaines phrases peuvent rester très longtemps. Un :

« Ce n'est pas fait pour toi » dit rapidement peut prendre une place énorme chez quelqu'un qui doute déjà. Cela ne signifie pas qu'il faut mentir ou éviter les conversations difficiles.

Mais on peut parler d'un niveau actuel sans enfermer la personne dans une identité définitive. « Aujourd'hui, cette compétence n'est pas suffisamment maîtrisée »

n'est pas la même chose que : « Tu n'es pas fait pour ça. » Nos mots ne doivent pas transformer une difficulté temporaire en verdict.


Question n°21 : Est-ce que le manque de confiance peut parfois cacher autre chose ?

Oui. Une difficulté d'apprentissage. Une expérience passée. Une pression très forte. Une peur de l'échec. Parfois même une peur de réussir et des attentes qui vont avec.

Et parfois une souffrance qui dépasse complètement le cadre pédagogique. Là encore, le formateur doit connaître ses limites. Je peux travailler sur la confiance dans le cadre d'un apprentissage. Je peux accompagner. Encourager. Créer des situations progressives.

Mais je ne suis pas thérapeute. Si la difficulté est profonde ou dépasse mon champ de compétence, il faut savoir orienter.


Question n°22 : Et si malgré tous les encouragements, l'étudiant continue à dire qu'il n'est pas capable ?

Je ne peux pas le convaincre de force. Et je pense que chercher constamment à contredire son discours peut parfois créer un dialogue sans fin : « Je suis nul. » « Mais non ! » « Mais si ! » « Mais je t'assure que non ! » Ce n'est pas très productif. Je préfère revenir aux faits.

Qu'est-ce qui a été réussi ? Qu'est-ce qui reste difficile ? Qu'est-ce qui peut être travaillé ?

Quelle est la prochaine petite étape ? On sort du jugement global sur la personne pour revenir vers quelque chose sur lequel elle peut agir.


Question n°23 : Finalement, faut-il attendre d'avoir confiance pour agir ?

Non. Et c'est peut-être l'un des messages les plus importants. On imagine souvent :

confiance → action → réussite. Mais très souvent, le chemin fonctionne aussi dans l'autre sens : petite action → petite réussite → preuve → un peu plus de confiance → nouvelle action. Si un étudiant attend de se sentir totalement confiant avant de passer à l'oral, de proposer une idée ou de prendre une initiative, il peut attendre longtemps.

Il faut parfois agir avec le doute. Puis découvrir que l'on est capable de faire malgré lui.


Question n°24 : Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : comment gérer un étudiant qui manque énormément de confiance en lui ?

Pas en essayant simplement de le convaincre qu'il est formidable. Mais en l'aidant à regarder ses capacités de manière plus juste. En transformant les « je suis nul » en difficultés précises sur lesquelles il peut agir. En valorisant des progrès concrets. En lui donnant le droit de se tromper sans transformer chaque erreur en verdict. En proposant des défis suffisamment accessibles pour qu'il puisse faire l'expérience de la réussite. Et progressivement, en retirant notre propre validation pour qu'il apprenne à construire la sienne.


Parce qu'au fond, la confiance ne naît pas seulement du fait qu'on nous répète que nous sommes capables. Elle se construit lorsque nous accumulons suffisamment de preuves pour commencer à nous dire nous-mêmes : “Je ne maîtrise peut-être pas encore tout, mais je suis capable d'avancer.”

Comments


bottom of page