Être formatrice, est-ce simplement transmettre un cours ?
Quand on pense au métier de formatrice, on imagine assez facilement une personne devant une classe, un support projeté au tableau et des étudiants qui prennent des notes. Sur le papier, la mission paraît assez simple : maîtriser un sujet et transmettre ses connaissances.
Dans la réalité, c'est un peu plus compliqué que ça.
Parce qu'entre connaître son sujet, savoir l'expliquer et réussir à le transmettre, il y a parfois un monde.
Alors finalement, être formatrice, est-ce simplement transmettre un cours ? Spoiler : non. Et c'est justement ce qui rend ce métier aussi intéressant.
Question n°1 : Quand on vous demande ce que vous faites dans la vie, vous dites que vous êtes formatrice ?
Oui. Même si le terme ne raconte finalement qu'une petite partie de mon métier. J'interviens principalement auprès d'étudiants en communication, notamment en BTS Communication. Je prépare mes cours, je les anime, je construis des exercices, j'évalue les étudiants… Bref, jusque-là, tout ressemble effectivement à ce que l'on imagine du métier de formatrice.
Mais dans une journée de formation, il se passe beaucoup d'autres choses.
Il faut expliquer. Réexpliquer. Reformuler. Donner un autre exemple parce que le premier n'a manifestement parlé à personne. Modifier parfois ce que l'on avait prévu parce qu'on sent que la classe décroche.
Il faut observer aussi.
Celui qui ne participe jamais. Celle qui a compris depuis vingt minutes. Celui qui donne l'impression de ne pas écouter mais qui, finalement, a tout retenu. Et parfois celui qui n'est tout simplement pas disponible mentalement ce jour-là.
Un cours se déroule rarement exactement comme il avait été imaginé.
Et heureusement.
Question n°2 : Donc maîtriser son sujet ne suffit pas pour être une bonne formatrice ?
Non. Et c'est probablement l'une des premières choses que j'ai comprises.
On peut être extrêmement compétent dans son métier et avoir beaucoup de difficultés à transmettre ce que l'on sait.
Parce que lorsque l'on maîtrise parfaitement quelque chose, on oublie parfois que ce qui nous semble évident ne l'est absolument pas pour quelqu'un qui le découvre.
Le rôle du formatrice est justement de faire ce chemin inverse.
Il faut réussir à se remettre à la place de la personne qui ne sait pas encore.
Pourquoi ne comprend-elle pas ? Où est-ce que je l'ai perdue ? Est-ce mon explication qui n'était pas suffisamment claire ? Est-ce qu'un exemple concret fonctionnerait mieux ? Est-ce qu'il faut reprendre depuis le début ?
Pour moi, transmettre n'est donc pas simplement dire ce que l'on sait.
C'est réussir à faire en sorte que quelqu'un puisse se l'approprier.
Question n°3 : Mais un cours reste quand même préparé à l'avance…
Bien sûr, et heureusement !
Il y a un programme, des compétences à acquérir, des objectifs pédagogiques et, dans le cas de formations diplômantes, des examens auxquels les étudiants doivent être préparés.
Mais préparer un cours ne signifie pas écrire un scénario que l'on va réciter pendant trois ou quatre heures.
Je peux utiliser exactement le même support avec deux classes et vivre deux cours complètement différents.
Une classe va énormément participer, poser des questions et faire évoluer la discussion. Une autre aura besoin d'être davantage sollicitée. Avec certains groupes, un exercice fonctionne immédiatement. Avec d'autres, beaucoup moins.
Et il faut savoir s'adapter.
C'est probablement une des compétences les moins visibles du métier : lire la salle.
Sentir quand il faut continuer.
Sentir quand il faut ralentir.
Sentir quand personne n'a compris alors que tout le monde acquiesce poliment.
Et parfois sentir qu'il est 16 h 30, que les cerveaux ont officiellement quitté la salle et qu'une pause devient une nécessité pédagogique !
Question n°4 : Une formatrice doit donc aussi savoir improviser ?
Oui, mais improviser ne veut pas dire arriver sans préparation.
C'est même plutôt l'inverse.
Plus on maîtrise son contenu et son objectif, plus on peut se permettre de sortir du chemin prévu.
Un étudiant pose une question intéressante ? On peut prendre quelques minutes pour creuser.
Une actualité fait parfaitement écho au cours ? On l'utilise.
Un exercice ne fonctionne pas ? On change d'approche.
Le support doit rester un outil. Il ne doit pas devenir quelque chose auquel on s'accroche coûte que coûte.
Parce que notre objectif n'est pas d'arriver à la dernière slide.
Notre objectif est que les étudiants repartent avec quelque chose.
Question n°5 : Et quand les étudiants ne sont pas motivés ?
C'est là que les choses deviennent intéressantes.
On aimerait évidemment avoir face à nous trente étudiants passionnés, reposés, concentrés et impatients de découvrir le sujet du jour.
Disons que ce n'est pas toujours exactement la réalité.
Un étudiant peut être fatigué. Préoccupé par son alternance. Stressé par un examen. Il peut ne pas aimer la matière. Il peut aussi ne pas comprendre à quoi elle va lui servir.
Et puis, soyons lucides : parfois, il n'a simplement pas envie.
La formatrice doit composer avec cela.
En revanche, je ne pense pas que notre rôle soit de porter à nous seuls la motivation de chaque étudiant.
Nous pouvons donner du sens, rendre les choses concrètes, varier les approches, encourager, challenger.
Mais apprendre reste une démarche à deux.
Le formateur peut ouvrir la porte. Il ne peut pas obliger l'étudiant à la franchir.
Question n°6 : Vous avez également été référente pédagogique. Est-ce que cette expérience a changé votre manière de former ?
Oui, énormément.
Être référente m'a permis de voir la formation sous un autre angle.
Pendant un an, j'ai accompagné environ 70 étudiants et coordonné une vingtaine d'intervenants sur des formations en BTS Communication et Bachelor.
Et forcément, quand on n'est plus uniquement dans sa propre salle de cours, on comprend beaucoup de choses.
On voit les difficultés des étudiants, mais également celles des formateurs. On comprend les contraintes des programmes, celles des écoles, celles de l'alternance.
Et surtout, on réalise qu'un étudiant ne laisse pas sa vie personnelle devant la porte de la salle de cours.
Il arrive parfois avec ses problèmes familiaux, ses doutes, ses difficultés en entreprise, son manque de confiance, ses interrogations sur son orientation.
Cela ne signifie évidemment pas que le formateur doit devenir psychologue.
Mais cela rappelle qu'avant d'avoir un étudiant devant soi, on a une personne.
Et je crois que cela a beaucoup influencé ma manière d'enseigner.
Question n°7 : Justement, jusqu'où doit aller un formateur dans l'accompagnement ?
C'est une vraie question.
Être disponible, écouter et accompagner : oui.
Vouloir résoudre tous les problèmes : non.
Et la frontière n'est pas toujours évidente.
Je pense qu'un bon accompagnement consiste aussi à rendre l'étudiant progressivement autonome.
Si je fais systématiquement à sa place, si je lui donne toutes les réponses ou si je résous chaque difficulté qu'il rencontre, je l'aide peut-être sur le moment, mais je ne le prépare pas vraiment à la suite.
Parfois, accompagner signifie encourager.
Parfois, expliquer.
Parfois, recadrer.
Et parfois, poser une question et laisser l'étudiant trouver lui-même sa réponse.
Question n°8 : Peut-on être proche de ses étudiants tout en restant exigeante ?
Pour moi, les deux ne sont absolument pas incompatibles.
La bienveillance n'empêche pas l'exigence.
On peut avoir une bonne relation avec une classe, rire avec ses étudiants, être accessible et leur dire très clairement lorsqu'un travail n'est pas au niveau attendu.
D'ailleurs, je pense que respecter un étudiant, c'est aussi être capable de lui dire la vérité.
Dire « c'est très bien » quand ce n'est pas le cas ne l'aide pas.
En revanche, il y a une différence entre dire « ce travail n'est pas suffisant » et faire comprendre à quelqu'un « tu n'es pas capable ».
On évalue un travail, une compétence, une progression.
Pas la valeur de la personne.
Dernière question : Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : être formateur, c'est quoi ?
Ce n'est pas simplement transmettre un cours.
C'est transmettre des connaissances, évidemment. Mais c'est aussi observer, écouter, adapter, expliquer, recommencer, challenger et parfois rassurer.
C'est accepter qu'un cours parfaitement préparé puisse ne pas fonctionner comme prévu.
C'est comprendre que l'on peut avoir trente personnes devant soi et trente façons différentes d'apprendre, de comprendre et de vivre la formation.
Et surtout, c'est ne jamais oublier que derrière « l'étudiant », il y a une personne qui est en train de construire quelque chose.
Un diplôme, bien sûr.
Mais aussi, petit à petit, sa manière de devenir professionnelle.
Et finalement, c'est peut-être ça que j'aime le plus dans ce métier : on ne transmet pas uniquement un contenu. On accompagne une évolution.


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