Pourquoi certains cours fonctionnent avec une classe et pas avec une autre ?
Le cours est prêt.
Vous l'avez même déjà testé avec une autre classe quelques jours auparavant.
Et ça avait très bien fonctionné.
Les étudiants avaient participé, posé des questions, débattu. L'exercice avait suscité de vrais échanges et vous étiez sortie de la salle avec cette sensation particulièrement agréable : « Là, c'était vraiment un bon cours. »
Quelques jours plus tard, même sujet. Même support. Même exercice.
Nouvelle classe.
Et là…
Rien.
Les questions tombent à plat. L'exercice qui avait déclenché vingt minutes de discussion se termine en cinq. Personne ne semble avoir envie de rebondir.
Et forcément, une question arrive : pourquoi un cours peut-il fonctionner parfaitement avec une classe et beaucoup moins avec une autre ?
Question n°1 : Est-ce vraiment possible qu'un même cours donne deux résultats complètement différents ?
Complètement.
Et c'est même très fréquent.
Lorsque l'on commence à former, on peut avoir tendance à penser qu'un « bon cours » est un cours qui fonctionne partout.
On l'a bien préparé, le contenu est pertinent, les exercices sont intéressants : normalement, il devrait produire le même résultat.
Sauf qu'un cours n'est pas un produit que l'on reproduit à l'identique.
Il se passe quelque chose entre le contenu, le formateur et les personnes qui sont dans la salle.
Et forcément, lorsque l'un de ces éléments change, le résultat peut changer lui aussi.
Question n°2 : Donc finalement, le cours n'est qu'une partie de l'équation ?
Oui.
Un support peut être exactement le même, mais les étudiants, eux, ne le sont pas.
Une classe peut être très participative. Une autre beaucoup plus réservée.
Certains groupes ont besoin de comprendre la théorie avant de passer à la pratique. D'autres ont besoin de commencer par faire pour comprendre ensuite.
Certains étudiants osent facilement se tromper devant les autres.
Dans d'autres groupes, personne ne veut prendre le risque de donner une mauvaise réponse.
Et cela change énormément la dynamique.
Parce qu'une classe n'est pas simplement vingt ou trente individus réunis dans une pièce.
C'est un groupe.
Et chaque groupe développe sa propre personnalité.
Question n°3 : Une classe peut vraiment avoir une personnalité ?
Je trouve que oui.
Il y a des classes très spontanées.
Des classes compétitives.
Des classes extrêmement solidaires.
Des classes dans lesquelles deux ou trois étudiants entraînent tout le monde.
Et parfois des groupes dans lesquels deux ou trois personnes peuvent, au contraire, freiner toute la dynamique.
Il y a aussi des classes qui adorent débattre, d'autres qui préfèrent travailler en petits groupes et certaines qui sont parfaitement attentives mais parlent très peu.
C'est d'ailleurs important de ne pas confondre silence et désintérêt.
Une classe peut participer très peu et apprendre énormément.
À l'inverse, un cours peut être très animé et donner au formateur l'impression que tout fonctionne parfaitement… sans que les notions soient réellement acquises.
L'ambiance d'un cours et son efficacité pédagogique ne sont pas toujours exactement la même chose.
Question n°4 : Est-ce que le moment de la journée peut également changer les choses ?
Évidemment.
Faire un cours à 9 h un mardi matin ou à 16 h 30 après une journée entière de formation, ce n'est pas exactement la même expérience.
Et parfois, nous oublions ce contexte.
Nous voyons simplement vingt étudiants qui ne participent pas.
Mais peut-être qu'ils viennent d'avoir quatre heures d'examen blanc.
Peut-être qu'ils ont rendu un dossier important la veille.
Peut-être qu'ils arrivent d'une semaine compliquée en entreprise.
Ou peut-être qu'il est simplement 17 h 15 et que leur capacité à s'enthousiasmer pour une nouvelle notion théorique vient officiellement de nous quitter.
Cela ne veut pas dire qu'on ne peut plus travailler.
Mais on ne peut pas toujours attendre la même énergie.
Question n°5 : Le formateur doit-il alors adapter son cours en fonction de chaque classe ?
Oui, mais avec une nuance importante.
Adapter ne signifie pas changer les objectifs.
Si deux classes préparent le même diplôme, les compétences à acquérir restent les mêmes.
En revanche, le chemin pour y arriver peut être différent.
Avec une classe, je vais pouvoir laisser beaucoup de place aux échanges parce que les étudiants rebondissent naturellement.
Avec une autre, je vais peut-être structurer davantage la participation.
Au lieu de poser une question à toute la classe et d'attendre qu'une main se lève, je peux leur laisser deux minutes pour réfléchir individuellement, puis les faire échanger en petits groupes avant de revenir en collectif.
Même objectif.
Même notion.
Mais une manière différente d'y arriver.
C'est là que le métier de formateur devient intéressant : il faut savoir où l'on veut aller sans être complètement rigide sur la manière d'y arriver.
Question n°6 : Mais comment savoir qu'un cours est en train de ne pas fonctionner ?
Il faut apprendre à observer.
Et ce n'est pas toujours aussi évident que trente personnes qui regardent leur téléphone.
Parfois, tout semble bien se passer.
On explique.
Les étudiants hochent la tête.
On demande : « C'est bon pour tout le monde ? »
Quelques personnes répondent oui.
Alors on continue.
Puis arrive l'exercice.
Et là, on découvre que personne n'a compris.
C'est pour cela que je me méfie un peu du fameux « Vous avez compris ? »
Un étudiant peut penser avoir compris.
Il peut ne pas vouloir dire devant toute la classe qu'il est perdu.
Ou simplement ne pas savoir exactement ce qu'il n'a pas compris.
Faire appliquer, reformuler, expliquer ou résoudre une situation permet souvent d'obtenir beaucoup plus d'informations.
Question n°7 : Et quand on voit que ça ne fonctionne pas, que fait-on ?
La première chose : éviter de s'acharner.
Si une explication ne fonctionne pas, la répéter exactement de la même manière trois fois n'est probablement pas la meilleure stratégie.
On peut changer d'exemple.
Passer par une situation concrète.
Faire intervenir les étudiants.
Dessiner quelque chose.
Revenir à une notion précédente.
Parfois, il faut même accepter de faire une pause dans ce que l'on avait prévu.
Ce qui demande au formateur de lâcher un peu son déroulé.
Et ce n'est pas toujours facile, surtout lorsqu'on a passé beaucoup de temps à le préparer.
Question n°8 : Est-ce qu'il faut parfois accepter qu'un exercice que l'on adore ne fonctionne pas ?
Malheureusement, oui !
Nous avons tous nos exercices préférés.
Celui qui fonctionne habituellement très bien, qui génère des échanges, que l'on a peaufiné au fil du temps…
Et puis arrive LA classe avec laquelle il ne se passe absolument rien.
Notre premier réflexe peut être :
« Pourtant, ça marche avec les autres ! »
C'est vrai.
Mais cela ne change pas ce qui est en train de se passer devant nous.
Le piège serait de vouloir absolument démontrer à cette classe que l'exercice est génial.
Parfois, il faut simplement reconnaître qu'il n'est pas adapté à ce groupe, à ce moment-là.
Ce n'est pas forcément un mauvais exercice.
Ce n'est pas forcément une mauvaise classe.
C'est juste une rencontre qui ne fonctionne pas.
Question n°9 : Est-ce que cela demande beaucoup de remise en question quand on est formateur ?
Oui.
Mais je pense qu'il faut distinguer se remettre en question et se remettre entièrement en cause.
Après un cours qui a moins bien fonctionné, je peux me demander :
Pourquoi les étudiants ont-ils décroché ?
Est-ce que j'ai été trop vite ?
L'exercice était-il suffisamment clair ?
Avaient-ils les connaissances nécessaires pour le réaliser ?
Est-ce que le rythme était adapté ?
Est-ce que le problème venait du contenu, du contexte, de la dynamique du groupe ?
Ce sont des questions utiles.
En revanche, conclure immédiatement « Je suis une mauvaise formatrice » ne nous apprend pas grand-chose.
Le recul consiste justement à identifier ce que l'on peut améliorer sans transformer chaque séance compliquée en crise existentielle.
Question n°10 : Et inversement, faut-il aussi analyser les cours qui fonctionnent bien ?
Absolument.
On analyse beaucoup plus facilement ce qui ne fonctionne pas.
Quand un cours se passe mal, on y pense pendant des heures.
Quand il se passe très bien, on rentre chez soi en se disant : « Super ! »
Mais il est tout aussi intéressant de se demander pourquoi.
Qu'est-ce qui a créé de l'engagement ?
Pourquoi cet exemple a-t-il particulièrement bien fonctionné ?
À quel moment les étudiants ont-ils commencé à vraiment participer ?
Pourquoi cet exercice leur a-t-il permis de comprendre ?
Cela permet de ne pas attribuer uniquement la réussite d'un cours à une sorte de magie pédagogique.
On identifie progressivement des mécanismes que l'on pourra réutiliser.
Question n°11 : Votre expérience de référente vous a-t-elle permis de voir ces différences entre les classes autrement ?
Oui, parce que lorsque l'on accompagne plusieurs classes et plusieurs intervenants, on voit très vite que les perceptions peuvent être complètement différentes.
Un intervenant peut me dire :
« Avec cette classe, c'est très compliqué. »
Alors qu'un autre va me dire :
« Je les adore, ils participent énormément ! »
Et ils parlent exactement des mêmes étudiants.
Cela montre quelque chose d'important : la dynamique dépend aussi de la rencontre entre un formateur et un groupe.
Une méthode qui fonctionne très bien pour moi ne fonctionnera pas forcément de la même manière pour quelqu'un d'autre.
Et inversement.
Il n'existe pas une seule bonne façon de former.
Question n°12 : Est-ce que cela signifie qu'un formateur doit changer de personnalité selon les classes ?
Non.
S'adapter ne veut pas dire jouer un personnage.
Je peux rester la même formatrice tout en adaptant ma manière d'interagir avec un groupe.
Avec certaines classes, il faudra poser davantage le cadre.
Avec d'autres, canaliser une énergie très forte.
Avec certaines, provoquer davantage la prise de parole.
Avec d'autres, justement, ralentir les échanges pour permettre aux plus discrets de trouver leur place.
Le fond de ma posture reste le même.
C'est la manière de la mettre en œuvre qui évolue.
Question n°13 : Peut-on parfois sentir dès les premières minutes comment va fonctionner une classe ?
On peut avoir une impression.
Mais je me méfie beaucoup des premières impressions.
Une classe très silencieuse au premier cours peut devenir extrêmement participative une fois qu'un climat de confiance s'est installé.
À l'inverse, une classe très dynamique peut devenir plus difficile à canaliser avec le temps.
La relation pédagogique se construit.
Les étudiants testent aussi le fonctionnement du formateur : ce qu'il accepte, ce qu'il attend, sa manière de réagir, son niveau d'exigence.
Et le formateur apprend lui aussi à connaître le groupe.
Il faut parfois plusieurs séances pour trouver le bon rythme ensemble.
Question n°14 : Finalement, est-ce qu'un bon formateur doit avoir plusieurs versions du même cours ?
Pas forcément plusieurs cours complètement différents.
Mais plusieurs possibilités, oui.
Un autre exemple.
Une activité plus courte.
Une manière différente d'expliquer.
Une question permettant de relancer.
Un exercice que l'on peut supprimer ou développer selon le temps.
Avec l'expérience, on se constitue progressivement une sorte de boîte à outils.
Et surtout, on apprend à ne plus paniquer lorsque ce que l'on avait prévu ne se déroule pas exactement comme prévu.
Parce qu'en réalité… cela arrive très souvent.
Question n°15 : Alors, s'il ne fallait retenir qu'une chose : pourquoi certains cours fonctionnent-ils avec une classe et pas avec une autre ?
Parce qu'un cours ne se résume jamais à son contenu.
Il y a un programme, un support, des exercices et des objectifs.
Mais il y a surtout des personnes.
Avec leur énergie.
Leur niveau.
Leur confiance.
Leur expérience.
Leur fatigue.
Leur dynamique de groupe.
Et le formateur arrive lui aussi avec sa personnalité, sa manière de transmettre et sa propre énergie du jour.
C'est la rencontre de tous ces éléments qui fait le cours.
Alors oui, on peut préparer.
Anticiper.
Structurer.
Améliorer.
Mais on ne peut pas tout prévoir.
Et c'est peut-être l'une des choses les plus importantes à comprendre lorsque l'on devient formateur :
un bon cours n'est pas celui que l'on réussit à reproduire parfaitement d'une classe à l'autre. C'est celui que l'on sait faire évoluer sans perdre de vue ce que l'on veut transmettre.


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